Entretien avec Tristan Hinschberger

Présentation des produits en parfumerie (1882–1945)

Fonds de Dotation Per Fumum : En 2025, vous êtes intervenu dans le cadre du centenaire de l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925, notamment lors d’une conférence consacrée au pavillon de la parfumerie et à la place de Paul Poiret. Quelle résonance cette visibilité a-t-elle eue sur votre travail de recherche ?

Tristan Hinschberger : “Cette intervention s’inscrivait pleinement dans l’actualité de la recherche liée à ce centenaire, un événement encore peu étudié sous l’angle de la parfumerie. Les travaux consacrés à la place du parfum lors de l’Exposition de 1925 demeurent en effet relativement rares.

Cette visibilité a permis d’inscrire ces recherches dans un cadre scientifique plus large, notamment à travers des manifestations comme le Congrès Art déco organisé à la Cité de l’architecture.

Elle a également favorisé des rencontres avec des chercheurs et des acteurs évoluant dans des cercles proches, en particulier avec les sociétés Art Deco américaines. Ces échanges ont conduit à plusieurs invitations, notamment auprès des Art Deco Societies de Californie et de New York, contribuant à une ouverture internationale progressive du travail de recherche.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos recherches ?

Tristan Hinschberger : “Le travail de recherche archivistique est désormais largement achevé. L’essentiel des investigations s’est conclu à la fin de l’année dernière, même si des retours ponctuels aux archives restent envisagés afin de vérifier ou approfondir certains points spécifiques.

À partir de 2026, l’activité sera principalement consacrée à la rédaction de la thèse, dont le plan a déjà été validé. Ce travail impliquera la structuration et la mise en cohérence de plusieurs années de notes et de données accumulées.

Parallèlement, un stage actuellement en cours au sein des archives patrimoniales de Cartier permet de prendre du recul sur la recherche, d’ouvrir la réflexion à d’autres champs patrimoniaux et d’enrichir la méthodologie.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Avez-vous réalisé des découvertes marquantes à partir des archives consultées ?

Tristan Hinschberger : “Les recherches récentes ont notamment porté sur les expositions universelles. Parmi les découvertes notables figure un buste réalisé par Alphonse Mucha pour l’Exposition universelle de 1900, conçu pour la parfumerie Pivert et conservé aujourd’hui au musée de Wiesbaden, en Allemagne. Cette œuvre, liée à un intérieur également conçu par Mucha, n’avait jusqu’alors fait l’objet que de très peu de mentions.

D’autres découvertes ont émergé des Archives nationales, notamment autour des techniques d’impression. Un brevet de chromolithographie déposé dans les années 1830 pour une parfumerie suggère une antériorité de cette pratique dans le secteur, alors même que la technique ne se diffuse largement dans d’autres domaines qu’à partir des années 1850.

Enfin, une rupture significative apparaît dans les années 1860, en particulier lors de l’Exposition universelle de 1867, où la parfumerie bénéficie pour la première fois d’une classe distincte. Cette période correspond également à l’émergence d’objets emblématiques comme le flacon aux abeilles de Guerlain, pensé pour une essence spécifique et non plus laissé au choix du client. Ces évolutions témoignent d’une transformation profonde de la présentation du parfum, parallèle aux mutations olfactives et scientifiques de la seconde moitié du XIXᵉ siècle.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Quels documents ou sources se sont révélés les plus précieux dans votre étude ?

Tristan Hinschberger : “Les archives ont constitué une part essentielle du travail : archives nationales, fonds documentaires de bibliothèques et de musées, notamment le musée des Arts décoratifs, le musée des Années Trente de Boulogne-Billancourt, ou encore les dossiers de l’INPI, qui conservent des centaines de brevets liés à la présentation des parfums.

Les ouvrages spécialisés, souvent rédigés par des collectionneurs, ont également joué un rôle déterminant. Les travaux de Jean-Marie Martin-Attenberg, par exemple, ont permis de redonner une visibilité à des maisons aujourd’hui oubliées.

À l’inverse, la relative pauvreté des archives conservées directement au sein des maisons de parfumerie constitue une difficulté majeure. Beaucoup de fonds ont été dispersés, détruits ou rendus inaccessibles au fil des rachats successifs, ce qui complique considérablement le travail des chercheurs.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Le soutien du Fonds de dotation Per Fumum a-t-il facilité l’accès à certaines ressources ou institutions ?

Tristan Hinschberger : “Ce soutien a permis d’accéder à des ressources financières et relationnelles déterminantes. Il a notamment facilité des mises en relation avec des acteurs du patrimoine, ainsi que la réalisation de missions de recherche au Musée international de la parfumerie à Grasse.

Il a également rendu possible la participation à des journées d’études internationales consacrées à l’olfaction, organisées aux États-Unis, contribuant ainsi à l’intégration de ces recherches dans des réseaux scientifiques élargis.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Voyez-vous des liens entre vos travaux et l’actualité contemporaine de la parfumerie ?

Tristan Hinschberger : “Les recherches suscitent un intérêt croissant auprès des maisons de parfumerie contemporaines, notamment dans un contexte où la conscience patrimoniale se développe fortement. Les expositions récentes consacrées au parfum et la multiplication d’événements dédiés témoignent de cette évolution.

Les institutions muséales accordent également une place de plus en plus importante au parfum, que ce soit dans des expositions temporaires ou des parcours permanents. Dans ce contexte, l’étude historique de la présentation du parfum peut contribuer à nourrir les pratiques actuelles, en réactivant des formes, des codes visuels et des modes de narration issus du passé.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Pensez-vous que l’étude de la présentation des produits de parfumerie entre 1851 et 1937 puisse nourrir l’évolution de la filière aujourd’hui ?

Tristan Hinschberger : “L’étude de cette période permet de comprendre une époque où les modes de présentation du parfum évoluaient rapidement, en étroite relation avec les arts décoratifs et les beaux-arts. Après la Seconde Guerre mondiale, et plus encore à partir des années 1960, ces modes tendent à se standardiser.

Revenir à ces moments d’innovation peut offrir des pistes pour repenser la présentation du parfum de manière plus créative, en s’appuyant sur une histoire riche et encore largement méconnue.”

Fonds de Dotation Per Fumum : Comment envisagez-vous la valorisation de vos recherches auprès du grand public ?

Tristan Hinschberger : “La diffusion des recherches passe d’ores et déjà par des conférences et des publications scientifiques. À plus long terme, un projet de publication à destination d’un public élargi est envisagé, sous une forme plus accessible que celle de la thèse.

Des discussions ont également été engagées avec des institutions muséales autour de la possibilité d’une exposition consacrée aux liens entre arts décoratifs et parfumerie, offrant ainsi une autre voie de transmission de ces travaux.”

Posts created 109

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut